Je suis la Terre

 

Je ne me souviens plus de ma naissance ;

d’ailleurs, personne ne s’en souvient,

car personne n’y était.

 

Je suis née de presque rien,

poussière de poussière

qui se serait échappée,

perdue dans l’immensité.

 

Je tourne à l’infini

autour de moi-même,

autour du soleil.

Je fais partie de la galaxie,

qui court toujours,

sans but défini.

 

Je suis une boule imbibée de vie.

Je respire par les arbres,

par l’herbe et par les fleurs.

 

Mais quelque chose est en train de changer :

 

On bouche mes bronches avec du ciment.

On emplit mes entrailles avec du venin.

Je ne peux pas mourir et dans mon corps

se mélange le bien et le mal.

La vie qui renaît toujours,

ne sera plus jamais la même.

Je suis malade, si malade !

La toux me tenaille les entrailles.

Je vomis lave et sang.

Cette force qui m’a créée

me secoue et m’inonde,

soulève vents et marées

en tentant de me soigner.

 

Mon nouveau né,

l’homme, mon fils bien aimé,

joue avec mes gènes.

Il est si jeune,

il ne peut comprendre

que ce jeu dangereux

peut le détruire.

 

Je suis la Terre,

je suis sa mère,

je veux le protéger.

 

Mais ma blessure est si profonde,

mais le mal est si important,

que mon pouvoir reste impuissant.

 

Je suis la Terre, je suis ta mère.

Ne vois-tu pas que je t’aime ?

 

Rend-moi les arbres !

Rends-moi l’herbe et les fleurs !

Débouche mes poumons !

 Laisse-moi respirer !

 

Et alors tu verras :

Comme mon verger reverdira !

Comme mon sein, toujours plein,

pour toujours te nourrira !

 

 

 

 

 

 

 

 


9 mai 1999