Poète d’aujourd’hui à Bologne, Italie
Marco Masetti
Andrea
(Disparu en Russie : décembre 1942)
Le ciel de plomb menace
l’horizon qui ondule,
la respiration s’affaiblit,
se condense en une vapeur blanche.
Le silence dense du désert gelé
est coupé par intervalle
d’un sifflement féroce, incandescent,
et par de mortifères rugissements.
Une brise qui coupe
comme un rasoir affilé,
congèle mon cœur et gèle
le froid métal de la bayonnette.
Mais dans la poche déchirée
une main tremblante retrouve jaunie
l’image pâle d’Hélène,
patrie lointaine.
Alors une larme tiède
réveille et réchauffe le visage.
Et le cœur se desserre
à l’encontre des doux souvenirs.
Je revois les yeux noirs
si brillants, si beaux !
Je ressens les cheveux soyeux
m’effleurer le visage !
Tes mains dans les miennes
fortement je serre.
Je sens ton corps
appuyé sur mon épaule.
Unis ainsi dans un pur amour,
ensemble nous terminons l’année ;
tandis que le jour si court de la steppe se meurt
en une vision de béatitude.
Mais voilà que tes pupilles s’animent
et s´élèvent radieuses,
illuminant de myriades d’étoiles
les ténèbres neigeuses !
Version française par Mariette Cirerol
La Pie, de Claude Monet. Extrait du tableau peint pendant
l’hiver 1968/1969, alors qu’il avait 28 ans
Espérons qu’au moins un oiseau lui tint compagnie,
lui réchauffant le cœur dans sa cruelle agonie :
tous deux sans abri, à la merci du froid et de la neige !
Mariette